Pour ma génération, Donjons & Dragons, la boîte de base est le Monopoly du jeu de rôles. Dans les deux cas, ça reste l'image de base pour la plupart des gens à qui j'en parle. C'est aussi le premier jeu de société et le premier jeu de rôles de pas mal de gens. Dans les deux cas, on en parle comme des trucs boiteux et dépassés. Et dans les deux cas, personne n'y joue vraiment, et quand on relit les règles, on découvre un jeu différent.
Par exemple, vous savez sûrement à quel point une partie de Monopoly dure des plombes ? Vous avez sûrement des souvenirs de parties interminables où aucun gagnant ne se détache. Et pourtant, croyez-moi quand je vous dis que si l'on y joue en suivant les règles bien comme il faut, une partie dure entre une heure et une heure et demi. Ben oui. La tradition orale ajoute la cagnotte sur le parking (qui ajoute plein d'argent dans le circuit) et oublie systématiquement que lorsqu'on n'achète pas une propriété, celle-ci est mise aux enchères (ce qui accélère l'acquisition des biens), par exemple. Les effets sur le gameplay sont assez imprévisibles au premier abord, mais dévastateurs pour la durée de jeu.
C'est pareil dans Donjons & Dragons, la boîte de base. La tradition orale oublie ou ajoute des trucs qui, au final, font du jeu tel qu'on le joue une expérience bien différente que celle qu'on obtient quand on applique ses vraies règles, et sa réputation tient à ses règles orales, pas écrites.
Prenons une de mes arlésiennes, le gain de PX avec la récolte de trésor. Le jeu distribue des PX pour deux choses : vaincre un ennemi ou trouver des trésor. En fait, vu les tables de trésor et de monstres par niveau, un groupe d'aventuriers gagne plus de PX en dénichant des joyaux qu'en cassant la figure à ses adversaires. Le cœur du jeu, c'est "à quel point suis-je prêt à prendre des risques pour acquérir richesse et gloire ?", ce qui en terme de mécanique se traduit par "combien de points de vie suis-je prêt à perdre pour gagner telle somme de PX ?"
Donc, face à un adversaire balaise (genre un dragon sur son tas d'or), il est plus avantageux de trouver autre chose que la baston pour partir avec le trésor (proposer avec succès au dragon d'investir son trésor dans des hedge funds histoire de maximiser ses intérêts spéculatifs et augmenter ses avoirs financiers).
Mais si on vire les pèxes contre pièces d'or, si on ne garde plus que les pèxes pour les monstres, alors le jeu se résume à taper dedans.
Autre exemple : le jet de moral. Pendant la baston, le maître du donjon doit lancer les dés pour voir si le monstre ne prend pas ses jambes à son cou ou ne se rend pas. Ce jet dépend des points de vie restants de la bête, notamment. Ca donne un petit air de vraisemblance à la bagarre, et ça permet de ne pas transformer chaque rencontre en combat à mort. Mais les MD font souvent sans, soit parce qu'on oublie que c'est là, soit parce qu'on se dit qu'on y pensera bien tout seul. Mais dans les faits, c'est rare de voir un monstre fuir.
Ces deux déviations à la règle rendent une partie de D&D bien plus violente qu'il n'était prévu. Le jeu de base propose de jouer des aventuriers roublards et malins, qui évitent la bagarre quand ils le peuvent. Sans ces deux règles, le jeu tend plus vers des gros bourrins violents qui rentrent dans le lard de chaque monstre qu'ils rencontrent. Ce qui explique peut-être sa réputation.
Illustration : © 2010 The Poke.
Illustration : © 2010 The Poke.

Oui bien d'accord! Pour moi D&D c'est un vrai jeu d'aventures où tu explores un Donj' et où chacun apporte son expertise pour résoudre des défis (pièges, énigmes, monstres, etc.) mais c'est devenu une Piñata géante où tu tapes le plus possible pour faire tomber les Bonbons/PX.
RépondreSupprimerCa me fait penser au podcast de la Cellule sur les combats où ils expliquent que ce qui est intéressant dans le jdr c'est le conflit, pas nécessairement la baston.
Je bosse sur un jeu de S&S et j'essaye de retranscrire ce fait: Conan est fort non pas parce qu'il tue tout le monde mais parce qu'il est assez malin pour survivre à la situation.
c'est devenu une Piñata géante où tu tapes le plus possible pour faire tomber les Bonbons/PX.
RépondreSupprimerLe massive win du jour est décerné à Alban le Collen.
C'est vrai que, vu comme ça...
RépondreSupprimerEn fait, en repensant à mes (très) jeunes années, je me rends compte que les règles du Monopoly ne sont jamais lues strictement, mais plutôt transmises à la manière d'une tradition orale, avec les déformations qui vont avec. Plus effectivement les idées reçues de longueur et bancalité que tu mentionnes.
RépondreSupprimerC'est marrant dans la version du monopoly que j'avais, la boîte comprenait un petit livret retraçant l'histoire du jeu, ses règles officielles et ses variantes les plus connues (dont la pile de billets sur le parking gratuit).
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